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Trop Bon Marché…

Trop Bon Marché…

Auteur: Jean-Philippe Arm

Franchement, il fallait être affreusement blasé ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître lors des salons du printemps que les horlogers étaient décidément très créatifs. Sans se laisser abuser par les multiples opérations cosmétiques présentées comme des révolutions techniques ou des bouleversements conceptuels, les occasions n’ont pas manqué d’être épaté par la ribambelle d’innovations, sanctionnées par une kyrielle de dépôts de brevets. Et cela tous azimuts.

De nouvelles solutions apportées à des mécanismes de base, l’amélioration significative des performances, des paris esthétiques, sans parler des pièces horlogères mutées en objets d’art, le dynamisme créatif des horlogers est polymorphe et ne s’essouffle pas.

L’apport de nouvelles technologies et le recours à de nouveaux matériaux ont débridé l’imagination des constructeurs et des designers. Certes, les applications qui se sont multipliées ont été essentiellement formelles. Ce n’était qu’un début. Ce qui arrive maintenant relève de la mutation. Pour dire les choses simplement, remplacer une roue en laiton qui donnait satisfaction par une roue en silicium ou changer de matériaux comme de chemises, pour le même usage, voilà qui ne modifiait pas fondamentalement la donne. En revanche, utiliser les nouvelles technologies pour réaliser de nouveaux mécanismes auxquels on songeait depuis des années, mais qui étaient irréalisables par les méthodes traditionnelles, c’est autre chose.

Cela a-t-il forcément un coût? C’est un autre sujet, très sensible. Le phénomène n’est pas nouveau et touche différents secteurs: les prix ont pris l’ascenseur. Avec le montant payé il y a dix ans pour un premier cru classé de Bordeaux, vous pouvez tout juste vous offrir aujourd’hui le second vin du château. Et la chute du dollar n’y est pour rien.

Cette année, voyez les nouveautés, l’explosion des prix est stupéfiante. Rien à voir avec les nouvelles technologies, d’autant que pour les produits d’exception faisant l’objet de très petites séries, c’est la main de l’homme qu’on met en avant, le soin apporté aux finitions. Prix surfaits? Un vendeur confesse: «Si ce modèle innovant n’a pas connu l’an dernier le succès qu’il méritait, c’était une question de prix. On ne lui avait pas donné le bon positionnement.» Il faut paradoxalement comprendre par là qu’il était trop bon marché… Un autre signale qu’en-dessous d’un certain montant sa clientèle ne regarde même pas la pièce proposée…

Pour faire contrepoids et proposer aux amateurs non fortunés une solution alternative au seul rêve, nous avons créé l’automne dernier une rubrique low-cost présentant des montres mécaniques Swiss made et sans reproche à moins de 5000 francs. Nous n’imaginions pas, et ne voulons pas croire, qu’elle pourrait devenir la plus difficile à remplir.