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Délocaliser… en Suisse

Délocaliser… en Suisse

Auteur: John Philip Arm Sr.

Quitter Boston, ville florissante au milieu du 19e siècle, pour s’installer en Suisse… Le pari horloger de Florentin Ariosto Jones.

Mais qu’est-ce qu’il a donc dans la tête Mr. Jones? Promis à un bel avenir dans une industrie en plein essor, engagé par la Howard Watch & Co au sortir de la Guerre de Sécession, avant de rejoindre la manufacture de montres George P. Reed, ce jeune horloger de Boston a décidé de quitter les Etats-Unis pour aller s’établir en Suisse. L’inverse ne nous surprendrait pas – qu’un petit horloger suisse soit attiré par notre industrie et notre marché – mais là vraiment… Nous avons rencontré Florentin Ariosto Jones pour qu’il nous explique sa curieuse démarche.

L’horlogerie américaine est à la pointe du progrès et se porte comme un charme. Avec ses grandes marques, Elgin, Waltham ou Howard, qui produisent annuellement 100000 montres de poche, et son marché qui vous tend les bras, comment pouvez-vous tourner ainsi le dos à l’Amérique?
Je ne lui tourne pas le dos, au contraire, mais j’en
tends l’aborder d’une autre manière, en délocalisant ma production pour en abaisser les coûts et pouvoir ensuite l’écouler sur notre marché à des prix particulièrement compétitifs.

Est-ce raisonnable d’aller faire cela en Suisse, où le travail artisanal est coûteux et dont on dit qu’elle est sous-équipée sur le plan industriel?
C’est vrai pour votre deuxième remarque et c’est la raison pour laquelle je vais emmener des machines avec moi pour assurer une production de qualité. Mais il y a en Suisse une main d’œuvre horlogère très qualifiée qui travaille à des tarifs extrêmement bas, comparés aux nôtres.

Vous allez donc fabriquer des montres en Suisse à bas prix pour le marché américain. Et vous prétendez qu’elles seront de meilleure qualité?
Elles le seront en effet grâce aux équipements mais aussi aux méthodes de travail que nous mettrons en place et aux idées que j’emporte également avec moi et que je vais pouvoir développer là-bas. Mais, nuance, nous ne fabriquerons en Suisse que des composants et des mouvements. L’emboîtage et l’habillage se feront ici sur sol américain. J’ai fondé dans ce but avec deux associés une société à New York, l’International Watch Compagny, soit une structure dédiée à ces opérations et couplée avec un réseau de distribution pour toute l’Amérique du Nord.

Je comprends mieux le scénario. Vous restez Américain et c’est tant mieux. On m’avait bien dit qu’en dehors de vos talents horlogers vous étiez un entrepreneur et ne manquiez pas d’idées. Bravo et tous nos vœux de succès. Donnez-nous de vos nouvelles.
Vous en aurez naturellement en découvrant nos produits et en constatant leur succès sur le marché américain.

Propos recueillis à Boston en janvier 1868.