pub skyscapper
Du making of au making down

Du making of au making down

Auteur: Jean-Philippe Arm

Si l’on produisait des images, on appellerait ça un making of. On pourrait même parler d’un making down! En l’occurrence, ce sont les circonstances dans lesquelles un dossier a été conçu, avant de passer à la trappe, qui méritent un clin d’œil, hors champ. Au moment où la plupart des acteurs du commerce et de l’industrie focalisait sur l’Asie et ses taux de croissances spectaculaires, nous avions choisi de consacrer un dossier aux Etats-Unis, considérés alors avec dédain, sous prétexte d’une progression évoquant davantage les grandes prairies ou les plaines céréalières que les Rocheuses.

Il convenait tout de même de rappeler qu’il s’agissait là du deuxième marché de l’horlogerie suisse avec des chiffres en valeur absolue imposant le respect, quelle que soit la conjoncture. Sachant que le numéro un, Hong Kong, était une plaque tournante redistribuant ses importations vers le Japon, la Chine et d’autres pays de la région, il s’agissait même en réalité du premier marché national. Comment était-il perçu par les marques suisses significatives, que représentait-il pour elles aujourd’hui et historiquement, comment voyaient-elles son évolution?

En août, quand tous les regards étaient tournés vers la Chine et sa vitrine olympique, nous réalisions une quinzaine d’interviews sur ce thème, avant de filer aux Etats-Unis début septembre. Vous connaissez la suite, le collapse boursier, le krach financier, la descente aux enfers, les affirmations d’un jour démenties le lendemain par les faits.

Dans ce contexte, les propos recueillis en été ne pouvaient tout simplement plus être mis dans la bouche de nos interlocuteurs en novembre sans qu’ils n’apportent les correctifs, les nuances et les incertitudes qui plombent depuis octobre toutes les considérations sur l’évolution des marchés, quels qu’ils soient.

Notre vocation étant d’avoir du recul, il fallait abandonner le terrain d’une actualité brûlante, qui avait rattrapé notre sujet, aux flashs d’information, aux breaking news et à la presse quotidienne.

Entre deux effondrements et une embellie, nous avons refait la tournée des popotes pour enregistrer que les marques nichées dans le plus haut de gamme croyaient toujours à leur bonne étoile américaine, mais que l’inquiétude remontait sérieusement les échelons. La formule «nous on va très bien, mais on en connaît, qui ne vous le diront pas, mais qui souffrent vraiment» a été mise en veilleuse. Le profil bas est de mise chez les gens sérieux: «Franchement, on ne sait pas ce qui va se passer, ni sur le marché américain, ni ailleurs.»

Ce n’est que partie remise, peut-être au printemps, quand la fièvre sera retombée, et que tout le monde y verra plus clair. Si un souci de cohérence nous impose de mettre le tout au frigo, une part importante des informations et des commentaires enregistrés pour ce dossier aura conservé toute sa pertinence.

On fera tout de même une exception en ne différant pas la contribution d’une personnalité, qui a joué un rôle fort intéressant dans les relations horlogères américano-suisses, qui dépasse ce seul contexte et dont le témoignage n’a pas pris une ride. Nous l’avons interviewé à deux reprises, à Boston et à New York, la première fois en 1868, la seconde en 1876…