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L’heure de gloire des chronométriers

L’heure de gloire des chronométriers

Auteur: Alan Downing

Les meilleurs régleurs obtenaient des prix officiels fort enviés.

Ils étaient l’élite de l’horlogerie – les régleurs qui ajustaient les montres pour les concours d’observatoires. «Nous étions chouchoutés», se souvient François Mercier, un ancien régleur qui a vécu les jours de gloire des compétitions chronométriques jusqu’à leur arrêt au début des années 1970.

«Pour certaines marques, il était crucial de gagner ces concours. Les directeurs étaient obsédés par les résultats. Ils pouvaient en tirer une importante publicité».

Les régleurs qui faisaient gagner leur marque étaient bien récompensés. «Si une montre remportait un concours d’observatoire ou un prix important, le régleur pouvait gagner mille francs – soit un mois de salaire».

François Mercier est devenu «horloger complet» au Technicum du Locle dans les années 1950. Après une année de travail répétitif chez Zenith, il rejoint Ulysse Nardin comme régleur de précision pour leurs pièces de compétition. Il travaille ensuite pour Spiraux Réunis, fabricant du ressort spiral Isoval, à couteaux tirés avec Nivarox.

Le but du régleur était d’assurer que la marche de la montre dévie le moins possible dans différentes positions et à différentes températures. Un bon régleur devait identifier et sélectionner les meilleurs spiraux. Il devait savoir calculer et «monter» la courbe terminale et fixer précisément le spiral au balancier. Il se battait avec les erreurs secondaires, déplaçait des pièces de quelques centièmes de millimètres, ajustait les forces et les inerties au microgramme près, pour se rapprocher d’une fraction de seconde d’une insaisissable mesure du temps parfaitement exacte et constante.

Patience et Peseux 260
«La principale qualité d’un régleur, déclare François Mercier, est la patience». Et la persévérance. Parfois la même montre participait à cinq ou six concours successifs. Ce n’était pas un travail facile. Ajuster une montre impliquait de la tester non-stop pendant 40 jours.

Bon nombre de marques s’affrontaient avec le même mouvement. Il s’agissait du calibre Peseux 260, un 13 lignes à remontage manuel, spécialement conçu pour les concours. Ce splendide mouvement avait un grand balancier, un petit échappement et un train de rouage de la plus haute qualité. Il s’en fabriqua environ 3000 et la plupart ont été utilisé par Ulysse Nardin, Omega et Leroy, ou comme montre-école. Les Spiraux Réunis en avaient un stock pour tester leurs balanciers-spiraux.

Le retour des concours de chronométrie ne va pas nécessairement restituer le régleur dans son statut d’antan. Les composants en silicium ne peuvent pas être ajustés; les balanciers et les spiraux ne sont plus fournis séparément. La main et l’œil de l’horloger ne sont plus en mesure de faire la différence sur des composants modernes, moulés ou taillés au laser au micron près et oscillants à haute fréquence.

L’Association des Anciens Régleurs s’est réunie pour la première fois en 1971. «Nous étions quarante», se souvient François Mercier. «Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’une douzaine.»