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Créateurs en résonance

Créateurs en résonance

Auteur: Jean-Philippe Arm

Un lien mécanique s’est imposé pour Rudis Sylva, par la connexion de deux balanciers dentés.

Armin Strom a fait le buzz en présentant en automne à Londres, puis à Dubaï, un modèle à résonance, Mirrored Force Resonance. Mot magique qui renvoie à Janvier et à Breguet, puis à Journe, lequel s’était inspiré de ses maîtres pour miniaturiser un mécanisme et passer de la poche au poignet (WA013).

Le phénomène reste mystérieux. Que se passe-t-il quand deux mouvements rapprochés se mettent à dialoguer et à battre au même rythme ? La transmission passe-t-elle par la vibration de la masse d’air ? Pour en avoir le cœur net, Breguet avait placé sa pièce sous vide et observé néanmoins la persistance de la résonance. La conclusion était que la vibration passait par la platine. Deux siècles plus tard, on y revient, il faut un lien physique.

En 2007 Rudis Sylva était en lice au Grand prix de Genève avec une pièce à résonance, qui allait conduire à une impasse, dont elle est sortie grâce à Mika Rissanen. Celui-ci a transformé l’essai en inventant l’oscillateur harmonieux. Considérée a priori comme une hérésie, la connexion de deux balanciers dentés est devenue une évidence. On ne parle plus alors dans le Jura de résonance, mais d’une autre conséquence du dispositif : la compensation immédiate et continue de l’influence de la gravité en position verticale. Mieux qu’un tourbillon.

Claude Greisler, son homologue chez Armin Strom, a lui aussi exploré diverses pistes avant d’innover. Cette fois ce sont les balanciers de deux mouvements disposés en miroir et oscillant en opposition, qui sont reliés par un ressort accroché à un piton mobile. Quand ils entrent en résonance, ils s’entraident et compensent mutuellement leurs écarts de marche, en continu. Le but, atteint, est de stabiliser la fréquence, qui normalement varie sans cesse, et cela tout au long de la journée.

Ce lien insolite est visible côté cadran, tandis que les secondes sont affichées symétriquement. Elles ne sont pas forcément synchronisées, car au remontage les barillets démarrent toujours de manière aléatoire à 10 ou 20 secondes près. La réalité du phénomène de résonance n’a rien à voir avec l’heure indiquée, mais un bouton permet de les remettre à zéro, juste pour le confort visuel.

Amicalement, nous avons réuni ces deux horlogers, pour qu’ils partagent leurs expériences, leurs doutes, leurs découvertes. Discussion ouverte, passionnante, forcément enrichissante. A un moment donné, nous avons été largués par la complexité et le niveau de l’échange. Nous les avons laissés poursuivre entre eux, en nous éclipsant discrètement.