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Les six piliers de la sagesse

Les six piliers de la sagesse

Auteur: David Chokron

Le calibre FB-T.FC vu sans ses ponts. Les piliers apparaissent nettement, mais aussi le fait que la régulation de l’énergie (chaîne et fusée, tourbillon) occupe l’essentiel du volume.

Théoricien et praticien de l’horlogerie, Ferdinand Berthoud a accordé une similaire importance à la construction et à l’écriture. C’est pourquoi une citation biblique ne semble pas inappropriée pour aborder le calibre FB-T.FC, qui anime le Chronomètre FB1 (Proverbes 9:1): «La Sagesse s’est bâti une maison; elle a taillé sept colonnes». Chronométrie Ferdinand Berthoud n’en a retenu que six et cela suffit à bâtir son premier mouvement. En effet, qu’il s’agisse de piliers au sens structurel ou métaphorique, le premier mouvement de la marque repose sur six fondements. Certains renvoient directement à la tradition des chronomètres de marine, d’autres sont totalement contemporains.

Couple idéal
Le mot est gravé sur le mouvement, le calibre FB-T.FC possède un dispositif de force constante, sous sa forme la plus traditionnelle. D’un côté un barillet cylindrique contient l’habituel ressort moteur. En face, une fusée, pièce conique de même hauteur. Entre les deux, une chaîne faite de 790 pièces d’acier satiné. Comme une boîte de vitesse automatique et par sa forme spécifique, la fusée égalise la force du ressort moteur. Le rouage dispose toujours d’une énergie identique, condition indispensable au bon fonctionnement de l’échappement. Mais une fusée est par nature haute. Et l’objectif de la marque était de produire un calibre d’épaisseur raisonnable. A 8 mm, l’objectif est atteint, grâce à un point de construction unique: barillet et fusée sont semi-suspendus et fixés uniquement sur la platine au lieu d’être recouverts par des ponts. Le mouvement gagne ainsi près de 10% en hauteur.

Régulateur contemporain
Second contributeur à la précision un régulateur à tourbillon équipe le Chronomètre FB1. Il met en rotation autocentrée un échappement à ancre suisse. On s’éloigne ici de la tradition de chronométrie de marine, qui aurait opté pour un échappement à détente. Or à l’épreuve des faits, l’équipe de développement a constaté qu’un tel système n’apportait pas de résultat supérieur et a donc retenu ce standard. Battant à 3 hertz et doté d’un balancier à inertie variable, le tourbillon peut sembler galvaudé mais il apporte un véritable surcroît de précision lorsqu’il est traité avec soin.

Ici, la construction est ultra-légère, avec une cage à trois bras en titane. Elle est équilibrée par des contrepoids en or. En supprimant les différences de poids autour de son centre de gravité (les balourds), le tourbillon règle mieux, uniquement si le réglage est soigné.

Chronométrie Ferdinand Berthoud y a consacré le temps nécessaire, un facteur de qualité qui seul permet de retirer tous les bénéfices d’un tourbillon. Là où ce dernier se distingue de ses congénères, c’est par son indication de la seconde. Avec une rotation d’une minute, il aurait pu servir de petite seconde comme dans la quasi-totalité des cas. Mais il est relié directement à la roue de moyenne implantée au centre du mouvement et révélée par une grande ouverture du cadran. Le chronomètre FB1 est ainsi à seconde centrale directe. Grâce à une gestion fine des jeux d’engrenage, la trotteuse ne tremble pas malgré son incroyable longueur.

Au final, la marque ne veut s’avancer sur les performances de son mouvement en ne citant que son passage au COSC, dont les tolérances relâchées semblent peu pertinentes au regard de la présente sophistication. Un autre chiffre fait office de réponse. L’amplitude à plat et à 0 h est de 300 degrés. Après 48 heures (sur 53), elle est encore de 280 degrés, ce qui est excellent.

Jauge conique
L’indicateur de réserve de marche est une petite complication qu’on peut croire banale.

Répandue, elle mérite pourtant que l’on enrichisse son principe de fonctionnement. Le calibre FB-T.FC utilise donc un système de cône ascensionnel. Plus simple qu’un différentiel, il monte et descend en fonction du remontage du barillet. Contre sa surface parfaitement lisse, un palpeur en rubis glisse sans frottement. Il actionne un bras en prise directe avec l’indicateur côté cadran. Au plus remonté, il indique une durée de marche restante maximale de 53 heures.

Beautés intérieures
La haute horlogerie n’est pas qu’une affaire de technique. Les moyens employés doivent y obéir à des canons esthétiques. C’est pourquoi les finitions du calibre FB-T.FC ont été exceptionnellement traitées. Au lieu d’une loupe 3x, elles se regardent sans rougir avec un grossissement 6,5x. La platine est en maillechort, un alliage au nickel qui offre plus de brillance mais où les erreurs ne se rattrapent jamais. Il exige une main sûre, qui a également satiné la platine, poli les flancs du barillet, du cône de réserve de marche et surtout du pont de tourbillon. En forme de flèche, ce dernier vient pointer entre barillet et fusée, soulignant la symétrie axiale de ce mouvement. L’harmonie de ses proportions est définie par un agencement de trois cercles, répondant aux trois grands bras de la cage de tourbillon. Les anglages sont à l’avenant, larges et omniprésents, jusque sur les chatons qui cerclent les rubis.

Visage distinctif
Il existe tant de chronomètres haut de gamme. L’esthétique Ferdinand Berthoud ne pouvait se contenter de s’ajouter à cette longue liste. Le Chronomètre FB1 a donc été créé pour ne ressembler à aucune autre montre et il faut dire que l’objectif est atteint. Son boîtier est rond mais il est ceinturé par des épaulements aux pans coupés, ce qui le rend octogonal. Avec 44 mm de diamètre et 12 d’épaisseur, la montre est plutôt grande mais uniquement à cause de ce qu’elle renferme. Les cornes sont rapportées et leur ergonomie a été étudiée pour épouser tous les poignets, même modestes. Le cadran est généreusement brossé et parcouru de gravures. Heures et minutes possèdent leur propre sous-cadran laqué, décalé à midi. Au centre, la seconde trône au-dessus d’une haute ouverture qui révèle à la fois le tourbillon et la roue de seconde. Cette ­fenêtre sur cœur répond à celle, gravée, de la réserve de marche. C’est de côté que mouvement et boîte révèlent leur symbiose. A travers quatre hublots en verre saphir, la carrure offre une vue imprenable sur le fonctionnement de la chaîne et du tourbillon.

Architecture suspendue
Le calibre FB-T.FC possède une architecture qui est absolument unique dans l’univers de la montre de poignet. Au lieu des traditionnels platine et ponts, ce mouvement se referme par six piliers. Ils sont identiques à ceux qui soutiennent la cage de tourbillon, avec les mêmes bases et chapiteaux biseautés. Cette architecture typique des chronomètres de marine avait été abandonnée car elle était gourmande en épaisseur et complexité, deux obstacles majeurs au poignet. Mais la marque a contourné le problème en utilisant des piliers courts et en ne lésinant pas sur les moyens. Le calibre FB-T.FC a été conçu pour être aérien, les colonnes libèrent la vue latérale sur ses organes, la grande ouverture du cadran sur son cœur. Sa boîte d’épaisseur contenue et aux fenêtres latérales achève d’alléger la construction de cette montre qui est, soit dit en passant, la plus fine de son genre.