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Rendre à César, à Louis, sinon à Constant

Rendre à César, à Louis, sinon à Constant

Auteur: Jean-Philippe Arm

Ce numéro était en partance pour l’imprimerie quand, à deux pas de la rédaction, une pièce surgie du passé était présentée à la presse en un lieu symbolique, l’Observatoire de Neuchâtel. La révélation : une page de l’histoire horlogère devait être réécrite, celle de la réalisation du premier chronographe. Preuves irréfutables à l’appui, fournies par une batterie d’experts ayant authentifié l’objet, c’est à Louis Moinet qu’il convient désormais d’attribuer cette honorable paternité et de rendre hommage au génie créatif de cet horloger français de l’aube du XIXe siècle. Jusqu’à la prochaine révélation.
Nous aimons l’histoire dans ce magazine, pas toujours celle revisitée par des marques affabulatrices ou amnésiques, mais bien celle validée par les historiens, les chercheurs ou les auteurs cultivés, insatiables et obsédés par la restitution de la réalité du passé. C’est un lieu commun dans les discours de cantine d’affirmer que pour comprendre le présent et préparer l’avenir il faut connaître le passé.
Ce qui nous plaît évidemment c’est de replacer les brillantes percées et prouesses d’aujourd’hui dans un contexte plus large, de prendre du recul, de relativiser, d’offrir un point de vue, un outil de compréhension. La perspective historique satisfait aussi un besoin de justice, celui de rendre à César ce qui est à César. Et l’on adore les coups de théâtre que le hasard ou la pugnacité des chercheurs nous offrent à chaque découverte.
Une conférence de presse chassant l’autre et le grand écart étant une figure imposée, quelques jours plus tard c’est un échappement absolument novateur qui était présenté, qui fera date et dont on reparlera sans doute dans dix ou cent ans. Son lien avec le passé ? Aucun pour sa conception originale. Mais son nom, évoquant l’énergie régulée qui l’anime, la force constante, est aussi un hommage à un homme inventif du XIXe siècle Constant Girard, l’horloger fétiche de la marque qui n’oublie pas son impulsion originelle.
Et puis il y a les trous de mémoires, allant de paire avec l’imagination débordante, qui polluent l’information horlogère incontrôlée. Il y a les faussaires sans scrupules, évidemment, mais aussi ceux qui pêchent en toute bonne foi par ignorance. Si, si, ça arrive…
Comme chaque année à l’approche de Baselworld, des dossiers de presse sont balancés sur le net qui nous annoncent des premières mondiales pour de nouveaux mécanismes… que nous retrouvons dans nos archives, parce que d’autres les avaient déjà réalisés et que nous les avions déjà présentés !
Ah bon ? On l’ignorait. Le pire, c’est que c’est sans doute vrai.