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La Lune sur le cadran

La Lune sur le cadran

Auteur: Timm Delfs

Entourant la représentation traditionnelle des phases de la lune, ici sur un cadran Chronoswiss, celle proposées par Chopard propose une vision pour chaque hémisphère, valable 122 ans, tandis que celle de Lange & Söhne ne nécessite pas de correction avant 1058 ans.

Parmi les planètes qui ont au moins un satellite, la Terre est la plus proche du Soleil. Nos voisines Venus et Mercure n’ont pas de lune, tandis que toutes les planètes situées au-delà de la Terre en ont une ou plusieurs. Gravitant autour de la Terre en cycles réguliers et prenant selon sa position un aspect sans cesse changeant, notre Lune fascine l’humanité depuis l’aube des temps. Comme elle nous apparaît aussi grande que le Soleil et qu’elle parvient même à l’obscurcir complètement lors d’une éclipse, la Lune a longtemps revêtu une importance aussi grande que l’astre du jour. Son rythme, l’alternance de ses diverses phases d’une nouvelle lune à l’autre, a servi de canevas à la division de l’année en mois et le premier jour de la semaine lui est dédié. Mais tout comme l’année et le jour, la Lune a toujours constitué un casse-tête pour les réformateurs du calendrier. Car ces trois unités de temps n’ont pas entre elles de rapports arithmétiques simples. Une année ne dure pas 365 jours: elle est plus longue de 5 heures, 49 minutes et 12 secondes, soit presque d’un quart de jour. C’est pourquoi, tous les quatre ans, on ajoute un jour. Un mois synodique, autrement dit le temps qu’il faut à la Lune pour faire une fois le tour de la Terre et se retrouver au même endroit du ciel par rapport au Soleil, dure en moyenne 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,8 secondes. Mais ce sont-là des valeurs moyennes qui peuvent varier d’une fois à l’autre sous l’influence d’autres objets célestes. Bien des astronomes se sont déjà cassé les dents sur le problème. Et les horlogers plus encore.

Belle complication sans utilité pratique
Bien que presque dénuée d’utilité pratique de nos jours, l’af­fichage de la phase de lune est une complication qui confère à une montre un attrait esthétique supplé­mentaire. La fascination qu’exerce le satellite de la Terre reste inaltérée même dans notre monde ultra-technicisé. La manière la plus répandue de repré­senter les phases de la lune sur le cadran consiste en un disque arborant deux lunes sur fond de ciel étoilé qui accomplit une révolution en deux lunai­sons. Une découpure dans le cadran masque le disque de manière que seule une lune soit toujours visible. Quand la Lune n’est pas pleine, deux demi­disques la masquent partiellement et permettent de reconnaître laquelle de ses parties est visible et dans quelle phase elle se trouve. Dans les méca­nismes simples, ce disque est doté de 59 dents. Une roue qui décrit une révolution en 24 heures engraine une fois par jour au moyen d’une came et fait avancer le disque lunaire d’une dent. Après 59 jours, le disque a réalisé une révolution com­plète. En divisant cette période par deux, on obtient une lunaison d’une durée de 29 jours et 12 heures. L’erreur de cet affichage après une lunaison seule­ment est déjà de 44 minutes et 2,8 secondes. Après trois ans, elle est d’un jour entier et l’affichage doit être corrigé manuellement. Ce résultat modeste est évidemment indigne d’une montre à calendrier perpétuel. Par chance, on peut l’améliorer avec une seule roue additionnelle. Il suf­fit de laisser la came de la roue de 24 heures égrai­ner dans une étoile à sept branches qui accomplit une révolution en une semaine. L’étoile, quant à elle, est montée sur une roue à 16 dents qui entraîne un disque lunaire de 135 dents. Avec ce dispositif, on obtient une lunaison de 29 jours, 12 heures et 45 minutes, une imprécision qui n’at­teint le total d’un jour qu’après 122 ans et 46 jours. Mais, bêtement, le disque lunaire tourne alors dans le mauvais sens. Il faut donc une roue dentée sup­plémentaire pour inverser le sens de rotation. Telle est la solution décrite dans la littérature horlo­gère et à laquelle recourent la plupart des marques sous une forme ou une autre, qualifiant cet affichage de «lune de précision» ou «lune astronomique». Au prix de quelques calculs, on peut cependant encore améliorer ce résultat. H. Moser & Cie a réussi à éle­ver la précision au point que sa «Perpetual Moon» ne diverge d’un jour entier qu’après 1027 ans. Et pour la «Lange 1815 Moonphase», une correction ne s’impose qu’après 1058 ans.

Les humeurs de dame Lune
Pour satisfaire les fanatiques de la précision, voici quelques autres caractéristiques de la Lune. La durée de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,8 secondes est une moyenne. En réalité, elle peut diverger de 45 secondes, selon que la Lune se trouve en apo­gée ou en hypogée. Comme une lunaison dure un peu plus de 29 jours, la Lune pleine dans toute sa majesté n’est pas visible à chaque fois du même endroit de la Terre. Ce privilège se déplace chaque fois de 191° plus à l’ouest. En outre, au cours d’une lunaison, la Lune parcourt plus de 360°. Pour pas­ser d’une pleine lune à l’autre, elle parcourt environ 390°. Pour 360°, il lui suffit de 27 jours, 7 heures, 43 minutes et 12 secondes. Les astronomes appel­lent cet espace de temps le mois sidéral, parce qu’il correspond à ce que l’on verrait depuis un point immobile situé hors du système solaire.