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L’équinoxe, Le Corbusier et l’ambulance

L’équinoxe, Le Corbusier et l’ambulance

Auteur: Jean-Philippe Arm

Ce n’est pas forcément un critère décisif pour mesurer l’importance réelle d’un événement, quoique qu’on en dise, ni de sa qualité foncière, mais c’est une indication qui n’est pas anodine: les journalistes ont été fort nombreux à se rendre à La Chaux-de-Fonds aux alentours de l’équinoxe d’automne. On ne parlera pas de grandes marées, mais quand même…

Ce fut l’attribution du prix Gaïa, bien sûr, qui a ses références cosmiques et ses préférences électives, toujours qualitatives. Un autre temps fort figurait aussi à l’agenda, dans la foulée automnale. Et il n’y a pas que des journalistes, heureusement, qui ont fait le pèlerinage dans la métropole horlogère (appellation dûment contrôlée comme on sait) pour rendre hommage à Charles-Edouard Jeanneret, le plus célèbre de ses ressortissants, plus connu il est vrai, et à l’échelle mondiale, sous le nom de Le Corbusier.

Il y aurait beaucoup à écrire sur la contribution de ce personnage exceptionnel à l’architecture du XXe siècle, mais ce n’est pas le propos ici, dans ce magazine, où notre vocation est d’aborder les sujets par le petit bout de la lorgnette… Celle de l’horloger bien sûr ou celle de l’astronome, fascinés que nous sommes, il faut bien l’avouer, par les deux mondes micro et macrocosmiques dans lesquels les deux instruments nous invitent à plonger.

Une marque a remarquablement joué le coup en présentant dans la Villa Blanche trois modèles aux cadrans originaux; autant d’allusions fines et fortes à l’œuvre du grand bonhomme. Il en est même un… en béton. ll fallait le faire, c’est une première. Avec le Modulor en prime, on l’a deviné. Loin du prétexte saisi parfois par les prestidigitateurs de l’horlogerie pour recycler quelques vessies à l’heure des lampions, Girard-Perregaux offre à cette occasion de la vraie substance et cette démarche pourrait bien remettre la marque sur orbite.

Charitablement, on ne citera pas celle, en revanche, qui est encore propriétaire de la Villa Turque, autre icône du Corbusier à La Chaux-de-Fonds, dont le dossier circule parmi les investisseurs potentiels. Sa propriétaire a déjà tourné le dos à ses ­origines en abandonnant usine, calibre et collaborateurs pour économiser trois et six sous de ­location en regroupant ses faiblesses ailleurs. Quand on sait ce que dépensent des marques ambitieuses pour retrouver ou recréer le contexte de leur naissance…

Ce n’est pas très joli de tirer sur l’ambulance? Si seulement. Devant les vitrines de Baselworld au printemps, les commentateurs atterrés parlaient déjà de mort clinique et de corbillard.