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Oublier son nombril

Oublier son nombril

Auteur: Jean-Philippe Arm

Il serait bien futile de pontifier ici sur les enseignements utiles et nécessaires que l’horlogerie doit impérativement tirer de la crise. On pourrait souhaiter que celle-ci ait au moins donné du sens à la formule servie à tout va: ce qui ne me tue pas me renforce… Pour être franc, on ne se fait aucune illusion. D’ailleurs pourquoi les horlogers seraient-ils plus vertueux, plus intelligents et plus responsables que tous les volatiles qui mènent le monde et les affaires, qu’ils appartiennent à la famille des paons, des autruches ou des rapaces.

Il vaut mieux revenir à nos moutons préférés, qui transhument invariablement entre Genève et Bâle à l’approche du printemps. Le temps des salons suisses est celui des révélations, des confirmations, des échanges, d’une prise de température indispensable et attendue. On disait naguère qu’ils donnaient le ton de l’année. Ce n’est plus tout à fait vrai. La mondialisation et la multiplication des shows directement sur les marchés ont sensiblement modifié les habitudes et les agendas décisionnels. Du coup, ils sont remis en question, même à l’interne. Il est vrai que la culture hors sol genevoise, quelle que soit la qualité de sa production, est potentiellement itinérante et parfaitement transposable, pour ne pas dire transpotable. Le concept est naturellement appelé à évoluer, à essaimer.

En revanche, les open-field bâlois, d’une toute autre dimension, sont le vaste théâtre d’un rendez-vous planétaire unique et irremplaçable. Avec des visiteurs et des exposants venus du monde entier, c’est l’occasion ou jamais d’oublier son nombril, d’abandonner ses œillères et de s’en mettre plein la vue en portant son regard, surtout pas hautain, sur ce que font les autres. Et cela se vérifie, heureusement. Nous avons suivi à plusieurs reprises des horlogers suisses, parmi les meilleurs et les plus créatifs, dans la vaste halle réunissant les pavillons étrangers. Leurs commentaires avisés contrastaient singulièrement avec les préjugés habituels. Au-delà des craintes réciproques d’espionnage, qu’il serait naïf de sous-estimer, la confrontation est forcément stimulante. Il y a toujours à apprendre des autres, même quand on se pose en leader de sa branche. Sans attendre qu’ils vous donnent la leçon.

C’est aussi dans cet esprit que ce magazine, dont la vocation première est de soutenir l’horlogerie suisse, son savoir-faire et indirectement ses emplois, consacre régulièrement des articles à ce qui se fait ailleurs, de Tokyo à Glashütte. Dans ce numéro, c’est à Shenzhen que nous avons recueilli la vision d’un patron horloger chinois. Bonne lecture.