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De l'ombre à la lumière...

De l'ombre à la lumière...

Auteur: Jean-Philippe Arm

C’était il y a sept ou huit ans à la Foire de Bâle, dans l’espace roboratif occupé par les créateurs indépendants. Philippe Dufour, jamais en reste quand il s’agit de mettre en avant le talent d’un collègue, nous avait signalé un horloger de Winterthour: «Regarde bien son travail, c’est génial.» Ça l’était assurément, même si nous n’avions pas compris sur-le-champ toutes les subtilités du mécanisme créé par ce jeune prodige. Après avoir publié son portrait, nous attendions la suite avec beaucoup d’intérêt, la transformation de l’essai ou l’expression d’autres facettes des promesses annoncées. Depuis lors, nous lui posions rituellement la question à chaque salon: et la suite? Il secouait la tête en s’excusant dans un sourire: «Je n’ai pas eu le temps…» Il avait mis son talent au service des autres et nous n’en saurions pas plus. Or, voici que l’an dernier sont sortis coup sur coup un chronographe innovant chez Maurice Lacroix et un mouvement original qui allait immédiatement placer la maison H. Moser & Cie, ressuscitée, sur le devant de la scène. Dans les coulisses de ces deux réalisations marquantes, notre horloger avait joué un rôle-clé. Cette année, le voici enfin en pleine lumière grâce à l’Opus, dont c’est la vocation. La 7e merveille d’Harry Winston porte aussi la signature d’Andreas Strehler. L’horlogerie suisse est un vivier bouillonnant de créateurs et de talents divers. Derrière les marques, existe un réseau fort dense d’artisans, d’ingénieurs, de bureaux techniques et d’ateliers longtemps demeurés dans l’ombre. Cela tient parfois du secret de polichinelle mais le souci de décrire simplement une réalité parfaitement honorable se heurte à une résistance pugnace, assortie de menaces à peine voilées sur les fournisseurs, une forme jurassique de l’omerta. Les fantômes ne sont pas seuls à craindre la lumière. Peur que le public découvre dans certains cas que le roi est nu? Les choses sont en train de changer, tout doucement mais de manière inéluctable. La presse et l’internet sont passés par là… Le temps de la transparence est venu. Et pour ceux qui n’ont rien à cacher, le plus efficace est de jouer cette carte sans hésiter. Qu’il s’agisse d’expliquer vraiment pourquoi les commandes extraordinaires enregistrées ce printemps ne pourront pas être honorées. Ou qu’il s’agisse de tracer les contours de l’appellation Swiss made.