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Les Grandes Sonneries, Himalaya des complications

Les Grandes Sonneries, Himalaya des complications

Auteur: Jean-Philippe Arm

Une Grande Sonnerie de Philippe Dufour ou quand l’élégante sobriété d’un cadran et d’une boîte cache l’extrême complexité d’un mécanisme.

Dès l’ouverture de la Foire de Bâle au printemps 1992, la nouvelle s’est répandue : la première Grande Sonnerie destinée au poignet avait vu le jour. Visible à l’Académie des créateurs indépen­dants, la réalisation de Philippe Dufour, qui avait mené son projet en toute discrétion, fait sensation. Comme une horloge ou une montre de poche, cette montre­-bracelet de dimensions tout à fait rai­sonnables sonne en effet tous les quarts d’heure sur deux tons en répétant à chaque fois les heures, et cela durant 24 heures. Une véritable Grande Sonnerie. Qui peut le plus peut le moins: elle sonne aussi à la demande, avec les minutes en prime, étant dotée on l’a compris d’une répétition minutes. Tout ce qui compte dans l’horlogerie va défiler devant la modeste vitrine. Les félicitations et les louanges pleuvent, les questions et les propo­sitions… saugrenues. Vous en faites combien par année? On prend toute votre production! Sous notre nom, évidemment.

Pour les connaisseurs, la Grande Sonnerie occupe le sommet de la pyramide dans le monde éthéré des complications horlogères. Vraiment? François­-Paul Journe balaie le moindre doute d’une jolie formule: «C’est l’Himalaya!» Il en parle en connaissance de cause et son regard en dit long sur les difficultés ren­contrées, le sérieux de l’épreuve. On ne rigole pas au­-dessus de 8000 mètres… Dix­-huit ans après que Dufour ait ouvert la voie, on compte toujours sur les doigts de la main ceux qui l’ont rejoint sur le toit. C’est un club très fermé, dont la finance d’entrée ne se monnaie pas, mais se paie au prix d’années d’ef­forts, de développement et de mise au point, de compétences et de savoir­-faire accumulés, de talent et d’obstination. A ce jour, il ne comporte donc en tout et pour tout que six membres. Aux deux noms déjà cités, on peut ajouter la double entité Gérald Genta/Daniel Roth, réunis désormais à l’en­seigne Bulgari. Et de trois. Audemars Piguet a validé le quatrième ticket avec la complicité de sa filiale Renaud Papi, qui a également joué les sher­pas pour Franck Muller, matricule numéro cinq. Jaeger-­LeCoultre enfin vient de faire son entrée comme sixième membre de l’aréopage. That’s all.

La maîtrise de l’énergie. Qu’y a-­t-­il donc de si dif­ficile dans la réalisation d’une Grande Sonnerie, qui décourage d’emblée les candidats potentiels, rend timide les rouleurs de mécaniques, explique la rete­nue des marques les plus réputées? Les pièges sont nombreux au cours de la longue ascension, les passages délicats, les traquenards multiples, les répits de courte durée. Mais allons à l’essentiel. Comme on sait, le plus grand tourment des horlo­gers est la maîtrise de l’énergie. Un vrai cauchemar récurrent. Certains mécanismes sont plus gour­mands que d’autres, en requièrent une énorme quantité, disponible à long terme ou alors dans l’instant. Son dosage est source de chagrin. Pensez au changement de date instantané d’un quantième perpétuel sur disques le 31 décembre… La gestion de tous les paramètres par les construc­teurs de tels mécanismes et par les horlogers qui les règlent leur a valu souvent, lors de leur mise au point, troubles du sommeil et boule à l’estomac.

Equilibrage complexe. Dans les montres à son­nerie, l’affaire est d’autant plus délicate qu’il s’agit d’actionner des marteaux devant frapper des gongs ou des timbres suffisamment fort pour qu’on les entende, mais point trop tout de même, afin de gar­der de l’influx pour les tours suivants. «L’équilibrage des forces est beaucoup plus complexe que dans une répétition minutes», résume Philippe Dufour. Pour ces dernières, qu’on actionne à la demande, la question est réglée par le remontage à chaque sollicitation d’un barillet dédié à la production du son et ceci par le biais du verrou visible sur la car­rure, petit renflement caractéristique. Rien de tel dans la Grande Sonnerie, qui doit dispen­ser son service automatiquement, de manière répé­tée, quatre fois par heure. Les exigences énergétiques du mécanisme sont poussées à leur paroxysme. Ne cherchez pas plus loin, il n’y a plus d’air. Disposer d’une autonomie suffisante avec un tel programme dans une montre­bracelet n’est pas simple. Les pendules, qui ont de plus gros barillets, peuvent tenir une semaine. Pour une montre, son­ner durant 24 heures, ce qui représente tout de même 96 sonneries, est une vraie prouesse. Dans le même ordre d’idées, une répétition minutes est sollicitée une vingtaine de fois par jour dans les premiers temps de son apparition au poignet de son heureux propriétaire, puis quatre ou cinq fois par jour. La comparaison s’arrête là, puisque la « répète » dispose naturellement de l’énergie nécessaire à chaque fois qu’on la déclenche. Les deux complications partagent en revanche la même obligation de produire un son de qualité même avec la contrainte supplémentaire de l’étan­chéité des montres d’aujourd’hui. «On a la chance d’avoir des clients vivant dans des régions assez humides et il n’est pas question de transiger sur l’étanchéité, souligne Fançois­-Paul Journe. Il ne s’agit pas d’en faire des montres de plongée, mais elles doivent demeurer étanches si elles se trou­vent dans une bassine d’eau.»

La perception des aigus. Pour que sonne une mon­tre étanche, le marteau doit faire vibrer un gong ou un timbre, selon une fréquence idéale qui a son tour fera vibrer le mouvement et le boîtier, puis l’air exté­rieur et enfin le tympan de l’être humain. Il faut les matériaux idoines et une certaine force pour générer harmonieusement cela. La lecture de tous les traités d’acoustique du monde et l’observation de la multipli­cité des facteurs jouant un rôle dans cette affaire conduisent à ce plaisant constat: les solutions satis­faisantes ne s’obtiennent que par empirisme. Et quand on sait que les êtres humains perdent progres­sivement la perception des aigus avec l’âge, on com­prend la subjectivité de l’appréciation d’une sonnerie et la nécessité de penser au client final en ajustant le ballet des marteaux et des timbres, par exemple en privilégiant les graves. La complication des Grandes Sonneries n’est pas toujours reconnue comme elle le mériterait, à l’in­verse du tourbillon, dont la promotion est assurée par les nombreuses marques qui en proposent dans leurs collections, avec une diversité ébouriffante, voire une grande disparité de qualité et d’origine. S’ajoutent quand on parle de montres à sonnerie la confusion avec la répétition minutes évidemment, dont l’attrait est indiscutable et qui monte logique­ment en puissance. C’est le royaume de Patek Philippe, s’il en fallait un, dont la collection contem­poraine dans cette spécialité est impressionnante. Une autre confusion est souvent faite aussi avec la sonnerie au passage ou sonnerie en passant. Sonner à chaque heure est une prestation offerte par les Grandes Sonneries, dont certaines peuvent rester muettes aux quarts, quand leur porteur le souhaite. De même qu’il existe dans tous les cas une position silence, supprimant toute expression sonore de sa part. François-­Paul Journe s’esclaffe à cette idée: «Il faut être gonflé tout de même pour dépenser une for­tune dans une pièce dotée d’un mécanisme vraiment exceptionnel et la mettre sur silence!» Et la nuit? «Sa musique est si agréable… Ce n’est tout de même pas un réveil!» Juste une caresse des trompes d’Eustache, à peine effleurées, le temps d’un soupir et de se retourner pour retrouver les bras de Morphée… La sonnerie au passage ne doit pas être confondue non plus avec le mode petite sonnerie des Grandes Sonneries. Ça devient confus? Clarifions. Une Grande Sonnerie sonne tous les quarts d’heure en répétant à chaque fois les heures. En mode petite sonnerie elle ne répète pas les heures quand elle sonne les quarts. Tandis que la sonnerie au passage fait l’impasse sur les quarts. Quelques fabricants tels que Chopard, Ulysse Nardin ou Seiko (Credor) ont développé et proposent dans leurs collections des modèles offrant cette prestation unique, l’heure au passage, un point c’est tout.

Des timbres et des carillons. D’autres notions liées aux montres à sonnerie doivent être préci­sées, qui renvoient à l’acoustique et à la musique. Qu’en est­il du nombre de timbres et de leurs pres­tations du type carillon de Westminster ? Pour exprimer les heures, les quarts et les minutes, deux timbres suffisent, dont la combinaison clas­sique dans les répétitions minutes est de réserver les graves pour les heures, les aigus pour les minutes et leur alternance pour les quarts. Ainsi, avec «dong, dong, dong, dong» suivi de «ding­dong, ding­dong » pour la demie et «ding, ding, ding», il est bien quatre heures trente­trois. Deux timbres donc et le tour est joué. C’est le stan­dard. Les Grandes Sonneries de Dufour et de Journe, de même que celles d’Audemars Piguet et de Franck Muller de la première génération, s’en contentent.

«Un des défis des pièces compliquées est de limiter le nombre de composants, assure François-­Paul Journe. Leur augmentation arithmétique engendre des problèmes qui suivent une courbe logarithmique. Bonjour le service après­vente! Il faut savoir ce que l’on veut, maîtriser une grande sonnerie ou faire de la musique. Autant faire des boîtes à musique!»

Dans le droit fil cependant de la tradition, les horlo­gers ont toujours tenté de proposer dans un format plus réduit ce que les horloges de clocher offraient à la volée. C’est ainsi qu’on entendit des carillons dans des horloges de parquet ou de table, puis dans des montres de poche. Le carillon de Westminster est

devenu la référence, dans une interprétation simpli­fiée faisant appel à trois timbres. Pour son fameux calibre 89, s’appuyant sur une grande sonnerie comme la plupart des pièces ultra­compliquées, Patek Philippe a placé un nouveau jalon avec un vrai carillon de Westminster de cinq mesures fondé sur quatre timbres. Big Ben in the pocket! Le constructeur de Jaeger-­LeCoultre, David Candaux, a poussé le bouchon encore plus loin, en montre­bracelet. Comme tous ses prédéces­seurs, il a épluché les brevets et surtout observé respectueusement ce que les grands horlogers de la Vallée de Joux avaient fait, Louis­-Elysée Piguet et consorts. «La plupart des grandes sonneries répètent aux quarts la même sonnerie de Big Ben, alors que dans la réalité, elle varie légèrement à chaque quart. Bien sûr ces courtes mélodies sont très semblables, presque identiques, mais reproduire cette différence est mécaniquement un sacré chal­lenge. Quatre fois par heure la mélodie est attaquée différemment. Pour maîtriser cela, partant d’une feuille blanche, il a fallu réaliser cette tour infernale.»

En attendant Deep Purple. David Candaux désigne ainsi la pièce maîtresse de sa Grande Sonnerie qui regroupe les cames devant assurer et régler le ballet des râteaux et des marteaux. Ceux-­ci frapperont les timbres à un rythme et dans un ordre donné. C’est donc le cerveau de l’opéra­tion. Celui développé par Candaux est particulière­ment musclé. «Au final, vous avez une pièce qui n’a pas l’air trop compliquée et qui est en réalité extrêmement complexe. La tour elle­-même est calée sur le tourbillon. Elle est à l’heure et sait exactement ce qui doit être joué à chaque instant. Elle dirige l’ensemble comme un chef d’orches­tre.» La partition choisie est sans surprise : le carillon de Westminster. Mais la tour infernale de Mister Candaux serait parfaitement en mesure de passer à Deep Purple… Smoke on the water? Il n’est pas interdit de rêver. Le respect de la tradition évite sans doute les déconvenues. A moins d’avoir une commande spécifique, qui prendrait le risque de développer une mélodie susceptible de ne pas toucher la corde sensible du client final? D’ailleurs, compte tenu du prix évidemment très élevé du produit son marché est forcément étroit. Ce qui explique aussi la retenue des candidats potentiels à se lancer à l’assaut du sommet horloger. Philippe Dufour n’en était pas à sa première expé­rience quand il s’est lancé à la fin des années 1980 dans son ambitieux projet. Il avait déjà conçu, réalisé et livré cinq Grandes Sonneries pour Audemars Piguet en format de poche. Mais il était inconnu. Son coup d’éclat de 1992 en montre-­bra­celet lui valut une certaine notoriété, sans que pleu­vent pour autant les commandes sérieuses, qu’il ne pouvait de toute façon honorer qu’au compte­gouttes. Ce qu’il fit pour le bonheur d’une poignée de clients. Sa cote grimpa quand il lança quatre ans plus tard son double régulateur, qui frappa à nou­veau les esprits. Mais c’est paradoxalement sa modeste et parfaite trois aiguilles Simplicity, que le monde entier des puristes se dispute et qui lui a donné cette aura mondiale lui valant, par exemple, d’être considéré au Japon comme un dieu vivant.

La liste d’attente est longue et la forte demande touche aussi ses pièces compliquées. «Si j’avais cinq Grandes Sonneries dans mon coffre, elles seraient vendues demain», lâche­t­il dans un sou­pir, sans aucune vanité mais en regrettant que le temps décidément lui file entre les doigts. L’horlogerie adore les premières, revendiquées parfois par plusieurs protagonistes. On se souvient des chronographes automatiques qui ont vu le jour en 1969 avec El Primero de Zenith et le calibre d’Heuer, Breitling et Bühren, sur fond d’effet d’an­nonce, de réalisation projetée ou réelle. Rien de tout cela dans le cas de la Grande Sonnerie brace­let, personne ne conteste la primauté de Dufour. Le bruit avait couru pourtant juste avant Bâle 1992 que Franck Muller était sur le point d’en présenter une. Il n’en fut rien. Pour l’anecdote, il s’agissait d’une ancienne montre de poche, dont la boîte avait été fondue, soit un calibre Louis­Elysée Piguet des années 1880­1890 rebaptisé pour le mettre au poignet, un projet qui tourna court.

Capteur de couple. Audemars Piguet est arrivé peu après, d’abord avec une Grande Sonnerie et répéti­tion à quarts, puis avec une version associée à une répétition minutes et trois timbres pour un carillon. En 1998 Renaud & Papi ajoutait un dynamographe au mouvement de base. «Le gros problème, se souvient Giulio Papi, c’est que l’utilisateur ne savait pas à quel moment remonter sa montre sans courir de risque. Dès le deuxième modèle réalisé pour Audemars Piguet on a imaginé et mis en place des sécurités pour que la sonnerie ne puisse en aucun cas se déclencher pendant la mise à l’heure. Et j’ai inventé ce capteur de couple qui prend moins de place qu’une deuxième réserve de marche et donne une information utile sur la qualité de l’énergie disponible. C’est une complication pour les connaisseurs, qu’on a reprise dans d’autres modèles.»

Le mouvement fourni pendant des années à Franck Muller était la première version à deux tim­bres, sans dynamographe, livré dans une boîte de travail et sans le réglage fin de la sonnerie dont les horlogers de Genthod avaient la responsabilité. Ceux-­ci ajoutèrent notamment un quantième per­pétuel, travaillant sur le ressort de barillet pour obtenir l’indispensable énergie complémentaire.

La Grande Sonnerie équipant aujourd’hui l’Aeternitas Mega 4 de Franck Muller n’est pas issue de cette filière mais a été développée à l’interne par Pierre­Michel Golay. Cela ne surprend pas quand on sait que cet excellent horloger avait déjà été à l’origine de la Grande Sonnerie Gérald Genta avant de quitter la Vallée de Joux, véritable creuset depuis des généra­tions de cette horlogerie de très haut vol. Associée à une répétition minutes, elle propose un carillon Westminster à 4 timbres et assume l’ensemble de son programme classique durant 24 heures. A rele­ver que l’espace disponible pour intégrer son méca­nisme était limité par la présence d’un tourbillon visible côté cadran, histoire de corser un exercice déjà épicé. Les horlogers adorent les défis. François­-Paul Journe, lui non plus n’en était pas à son coup d’essai, car il avait fait déjà réalisé neuf Grandes Sonneries pour Piaget dans les années 1990 avant de s’éclater au grand jour. «Mais il m’a quand même fallu six ans pour développer la mienne…»Avec à la clé pas moins de dix brevets. Et cette obsession incarnée de la sécurité et de la simpli­fication des mécanismes. Son leitmotiv: «L’acheteur n’estpasunhorloger!»Une particularité de sa Grande Sonnerie, dont il a déjà livré 27 exemplaires: elle est animée par un seul barillet dimensionné en consé­quence, alors que la règle usuelle est d’en comporter deux, que l’on remonte alternativement avec le pouce et l’index dans un mouvement classique de va­et­vient de la couronne. Elle se met automatiquement en mode protection au bout de 24 heures, tandis que le mouvement de base poursuit sa marche durant un jour. L’autonomie est de 60 heures en petite sonnerie et de cinq jours en mode silence.

Relève assurée. Au Sentier, dans l’ancienne manu­facture Daniel Roth que les deux marques partagent depuis 1999, Bernard Aeschlimann n’a jamais cessé d’assembler des Grandes Sonneries basées sur un mécanisme Gerald Genta. «A partir des kits de 1000 composants bruts produits chez nous, il faut quatre mois pour en sortir une!» Plusieurs modèles ont vu le jour pour les deux marques, fondés sur deux types: un automatique et un calibre à remon­tage manuel, avec un renversement complet du mouvement en 2000 pour offrir une vue dégagée sur la belle mécanique. «C’est un produit traditionnel, comme on les faisait en montres de poche, précise Bernard Aeschlimann. On a un carillon Westminster avec quatre marteaux, ce qui est rare. Mais l’original a cinq notes et il nous en manque une! La base n’a pas changé, mais on a amélioré certaines choses, en particulier la sécurité, car les retours au SAV étaient principalement dus à de mauvaises manipu­lations.» Depuis septembre les cadrans portent la signature de Bulgari associée soit à Gérald Genta, soit à Daniel Roth. Pas de quoi troubler le maître des cérémonies musicales qui va partir en retraite l’année prochaine l’esprit serein, relève assurée : voici cinq ans qu’il forme ses successeurs. Sécurité encore, puisque c’est l’un des maîtres­-mots de la reine des complications, a priori délicate: la der­nière­-née du Sentier, chez Jaeger-­LeCoultre est dotée d’un double système commandé par un sélecteur empêchant toute intervention dommageable. La mise à l’heure ne peut se faire qu’en mode silence. L’autre préoccupation, on l’a dit est l’énergie. David Candaux a imaginé un mécanisme original pour optimiser le tra­vail des marteaux: le trébuchet. Comme l’évolution de la bombarde du Moyen Age, il s’agit d’un bras articulé qui ne demande, par rapport au système traditionnel, que 10 à 20% de l’énergie du barillet transmise aux timbres pour une force de frappe équivalente. Et pour que celle­-ci soit rigoureusement identique pour les quatre marteaux, les lames-­ressorts pliées habituelle­ment à la main par les horlogers ont cédé la place à des ressorts-­spiraux réglables par une vis.

L’innovation est une marotte à la Vallée de Joux, depuis des siècles, mais souvent couplée avec un sens aigu et respectueux de la tradition horlogère. David Candaux s’est interdit par exemple d’utiliser autre chose que des matériaux classiques tels que l’acier, le maillechort, le laiton et le bronze. «Il y a en aura toujours à disposition pour refaire plus tard des composants, des ressorts. La philosophie est qu’un horloger puisse réparer une telle pièce dans deux siècles.»

Heureux celui à qui incombera ce travail. En atten­dant, ils sont nombreux ceux qui rêvent d’avoir entre les mains ces pièces d’exception et de les entendre. A commencer, et c’est un paradoxe, par les horlogers eux­-mêmes, évoqués ici. Ils appar­tiennent à ce cercle restreint des créateurs de Grandes Sonneries, un club fort select qui ne s’est jamais réuni autour des œuvres de ses membres. Qui en prendra l’initiative?