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Le paradoxe du plastique

Le paradoxe du plastique

Auteur: Mehdi Guenin

Die raffinierten Kunststoffe stehen den neuen Materialien in nichts nach, ausser im Prestige.

Le plastique, c’est chic et c’est trendy. Qu’il s’agisse d’une Ice Watch portée par le DJ David Guetta dans son dernier clip ou plus sagement d’une Swatch au poignet de monsieur Tout-le-monde, la montre plastique plaît et rapporte. Il n’en demeure pas moins qu’aux yeux des acteurs du milieu horloger, la matière reste associée au bas de gamme et on n’est pas près d’en vanter ouvertement les mérites. Pour s’afficher, il convient plutôt de s’appeler carbone, tantale, magnésium ou silicium. Vraiment ? En y regardant de plus près, le raisonnement est douteux, à commencer par l’usage du terme « plastique ». D’un point de vue scientifique, il représente une fraction d’un univers hautement technologique, celui des polymères. Naturels ou synthétiques, liquides ou solides, les polymères sont partout, des plus petites protéines aux fibres de Kevlar high-tech, en passant par les shampooings et tout naturellement l’horlogerie. Grâce à leurs propriétés intéressantes en termes de résistance à l’usure, de lubrification, d’étanchéité et de design, les polymères ont tout pour séduire les horlogers exigeants, qui y ont recouru très tôt. Ainsi pour certains de ses calibres mécaniques, Omega a utilisé par le passé des freins en Delrin, un polymère commercialisé en 1959 par DuPont de Nemours. Conservateur au MIH de La Chaux-de-Fonds, Ludwig Oechslin précise que des modèles comme la Berlin Rattrapante d’Ulysse Nardin ou certaines Rolex à quartz n’y auraient pas échappé non plus. Mais il ajoute : « Aujourd’hui cependant, pour des raisons marketing, il est mal vu d’utiliser des composants polymères dans l’horlogerie haut de gamme ». Pourtant l’emploi des polymères est relativement courant dans le segment du luxe, comme le confirme Silvano Freti, directeur adjoint du Laboratoire Dubois SA à La Chaux-de-Fonds. Tout en respectant l’anonymat de ses prestigieux clients, il explique qu’ils y recourent bien sûr pour les joints d’étanchéité, pour certaines glaces ou pour les vernis de protection du cadran, de même que pour les bracelets en caoutchouc. Côté mouvement, si les montres mécaniques semblent limiter l’emploi de polymères à des vernis de protection ou à de la gomme laque, par exemple pour tenir les pierres des levées d’échappement, il en va tout autrement de la montre à quartz version luxe. Impulsions et transferts électriques obligent, les polymères y sont davantage présents, surtout dans les circuits et les isolations des fils. C’est un secret de polichinelle, mais les marques nient toujours majoritairement avoir recours à des polymères, essentiellement par crainte pour leur image. On est là en plein paradoxe, car c’est oublier que les polymères résultent de processus de production hautement complexes, équivalents aux nouveaux matériaux ou alliages, dont l’horlogerie est actuellement très friande et se plaît à en ­parler. Snober les « honteux » polymères, c’est se couper de la possibilité d’exploiter une luxueuse technologie de pointe et d’arguments marketing supplémentaires. Allez, les horlogers, lancez-vous sans crainte et montrez ce plastique que plus personne ne saurait ignorer !