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La lumière crue de la réalité

La lumière crue de la réalité

Auteur: Jean-Philippe Arm

L’hiver est une saison bénie pour la satisfaction du voyeurisme qui sommeille en chacun de nous, car elle offre en spectacle, tandis que la nuit tombe, des activités diurnes qui nous échappent le reste du temps. Le phénomène est impressionnant au cœur des villes, avec cette vision en coupe, comme celle d’une fourmilière, de l’intérieur des gratte­ciel en verre. Il peut l’être aussi dans l’arrière­pays horlo­ger. Prenez cette petite route qui mène de Fleurier à Sainte­Croix. A gauche en arrivant à Buttes, un très long bâtiment a progressivement remplacé le terrain de football. Il aurait pu vous échapper et voici que sa longue façade vitrée métamorphosée en vitrine vous en met plein la vue, exhibant un parc de machines impressionnant, autant d’unités à commandes numériques alignées comme à la parade et fonctionnant à plein rendement, sous le contrôle et l’assistance de techniciens et d’opéra­teurs spécialisés. Ailleur, la même lumière crue aurait pu révéler des ateliers paralysés, désertés, une réalité différente, celle d’une scène de théâtre sans acteurs, une friche industrielle qui donne le change et ne dit pas encore son nom. On croyait que c’était complet, désolé c’était relâche… Après l’équinoxe d’automne vient aussi la saison des prix, des lauriers, des palmarès. Ces coups de pro­jecteurs sont parfois éclairants, pas toujours. Pour avoir initié avec un grand éditeur la première compé­tition du genre en Suisse, il y a bientôt vingt ans, et faisant partie aujourd’hui encore de quelques jury internationaux, je ne vais pas cracher dans la soupe des years’s watches et autres grands prix qui saluent rituellement aux quatre coins du monde une brassée de nouveaux modèles. Le meilleur côtoie le pire en la matière. L’objectivité n’est mani­festement pas toujours au rendez­vous, c’est vrai, mais on dira platement que quand il est question de goûts et de couleurs… Tout au plus avouerais-­je ne pas toujours saisir la répartition des lauréats dans des catégories déclinées presque à l’infini, avec l’impression que certaines sont taillées sur mesure pour la satisfaction de tel ou tel client. Il est cependant un palmarès qui se distingue clai­rement en ne laissant aucune place à la subjecti­vité. C’est celui du Concours international de chronométrie du Locle, qui mesure et met froide­ment en lumière la qualité intrinsèque des méca­nismes et la fiabilité des modèles en compétition. Nous lui consacrons un dossier sur notre site www.watch­around.com. Le verdict de ces redou­tables épreuves est sans équivoque. Il ne dit pas tout et l’on peut avancer le caractère émotionnel des produits, pouvant primer sur la technique. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Et quand les deux sont réunis, c’est vraiment le sommet.