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Une manufacture dernier cri

Une manufacture dernier cri

Auteur: Jean-Philippe Arm

Comme tous les Neuchâtelois rejoignant ce lieu de rencontre citoyen, hebdomadaire ou mensuel, qu’est la déchetterie communale, nous l’avions vue sortir de terre sur les hauteurs de la ville. Le projet était déjà ancien et sa réalisation avait pris du temps. C’est qu’il ne s’agissait pas simplement de transférer du bord du lac à l’orée de la forêt le siège et les ateliers d’Officine Panerai, mais d’y regrouper sous un seul toit toutes les activités de production et d’y intégrer notamment celles de ValFleurier, qui tourne à plein régime pour le groupe Richemont.

En un mot, souvent galvaudé dans le milieu, c’est bien de la construction d’une véritable manufacture qu’il s’agissait. La première de son histoire dont dispose désormais la marque d’origine italienne. Si sa mise en route a démarré en janvier 2014, il s’est passé deux ans tout de même, avant qu’une poignée de journalistes puisse la visiter, dans la foulée du SIHH.

Dernière génération
Franchement, nous avons été épatés, alors que nous connaissons pratiquement toutes les usines et ateliers horlogers de Suisse et de… Saxe. L’imposant parc de machines est de la toute dernière génération, comme de nombreux outils et appareils que nous n’avions encore jamais vus et qui font la part belle à la robotique. En particulier dans le domaine des tests et des contrôles. Panerai n’a pas lésiné sur l’investissement pour ce nouveau site de 10000 m2 qui accueille déjà 250 employés.

Etat d’esprit
Angelo Bonati est ravi que sa marque soit entrée résolument dans le XXIe siècle. L’image d’Epinal de l’horloger faisant tout à la main à son établi le fait doucement rigoler. Le respect de l’histoire et de la tradition est toujours très fort, mais se passe à un autre niveau. Il est dans l’inspiration évidemment et dans l’état d’esprit, comme nous avons pu l’observer. Des machines aujourd’hui très perfectionnées et sensibles allègent des travaux répétitifs. Mais il y a des limites. Ainsi pour cette machine effectuant un bref polissage rotatif d’un minuscule composant, une pastille de papier abrasif est changée après chaque passage. Ne pourrait-on pas l’utiliser plusieurs fois avant de la changer? Une jeune femme réagit au quart de tour dans un large sourire: «Impossible, la pression déforme le papier et conduit fatalement à une imperfection. C’est hors de question.» Et de nous donner non sans fierté d’autres exemples, en passant d’une machine à l’autre, sous sa responsabilité. Nous voilà rassurés. Les horlogers nous ont habitués à couper les cheveux en quatre et à traquer à l’infini les moindres détails qui font la différence. La modernité absolue de l’outil industriel n’est pas près de balayer cet état d’esprit.

Derniers retranchements
Si le design est toujours basé en Italie, le «laboratoire d’idées» qui est au cœur de la chaine de création occupe 50 personnes à Neuchâtel. La collaboration avec Milan, qui n’est qu’à quelques heures de train, est étroite. Les coups de crayons sont toujours d’actualité, les images transmises facilement et les échanges online aisés. C’est dans la suite du processus, la matérialisation des idées, conduisant aux choix décisifs, que les avancées les plus spectaculaires ont été enregistrées. On a radicalement changé d’époque pour la réalisation et la validation des prototypes, poussées très tôt dans leurs derniers retranchements, quels qu’en soient les matériaux, avec une série de tests impitoyables effectués par des appareils qui n’existaient pas il y a cinq ans.

Obsession
Les heureux élus entrent dans les lignes de production exigeantes de la nouvelle manufacture, en ce qui concerne les mécanismes et leur assemblage, tandis que les boîtiers sont confiés pour la plupart à son partenaire jurassien Donzé-Baume. Jusqu’à l’emboîtage et au-delà, les contrôles de qualité relèvent de l’obsession, en particulier en matière d’étanchéité.

Pour l’essentiel, Panerai qui n’oublie pas ses origines sous-marines, est particulièrement soucieux de la robustesse de ses montres. Leur nature sportive et pratique prédomine, ce qui n’empêche pas des échappées dans les complications a priori plus délicates. Un atelier est réservé à ce registre. Son premier grand coup d’éclat est programmé pour l’été. Nous n’en dirons pas plus, dans le respect naturel d’un embargo. Vous avez dit teasing?