pub skyscapper
Silence on tourne… en rond

Silence on tourne… en rond

Auteur: Jean-Philippe Arm

On vit une époque formidable, où il est recommandé, en particulier aux jeunes, de mettre des boules Quies dans les oreilles pour écouter un concert. Cherchez l’horreur? Les experts sont formels: ils risquent sinon de connaître plus tard des problèmes d’ouïes irréversibles, sifflements et autres acouphènes, surdité précoce dans le meilleur des cas.

Le débat tourne en rond un peu partout, en dehors du monde anglophone, pour savoir quelle langue devrait être privilégiée dans l’enseignement pour offrir les meilleures chances dans le monde de demain à la génération montante: anglais, chinois, hindi? Il pourrait être tranché plus vite qu’on ne l’imagine, car à l’évidence et par nécessité c’est le langage des signes qui pourrait bien s’imposer.

Dans l’étalage inquiétant des atteintes à l’environnement, on évoque rarement la pollution sonore, d’autant qu’on a trouvé la parade en édifiant ici ou là des parois antibruit le long des voies de chemin de fer ou des autoroutes urbaines. Mais ce n’est là qu’une expression spectaculaire du bruit que l’on combat, alors qu’il se manifeste quotidiennement de manière sournoise, insidieuse.

Ce ne sont pas forcément les pics de décibels qui vrillent les cerveaux et les mettent en lambeaux. De musiquettes en discours répétitifs, le bourdonnement permanent vous poursuit de la rue au supermarché, dans les ascenseurs et jusque dans votre salon, à haute dose d’invectives politiques, d’affrontements verbaux, d’échanges assourdissants, de débats télévisés aux boucles infinies et de micros-trottoirs affligeants. Discours creux, logorrhée ambiante et truismes assurés, il suffit d’une question, essentielle ou dérisoire et tous répondent. Même et surtout, s’ils n’ont rien à dire, n’osant pratiquement jamais avouer qu’ils ne savent pas.

La peur du vide, du silence... Dans le brouhaha général, la minute de silence n’est plus offerte qu’aux morts, dans un suprême, définitif et absolu signe de respect. Ou aux compositeurs; on dit volontiers que le silence suivant la dernière note de la symphonie appartient à Mozart.

Pour le reste, il est généralement difficile d’échapper au trop-plein acoustique. Heureusement, les horlogers ont inventé il y a quelques siècles des montres à sonnerie d’une exquise politesse acoustique et qui connaissent aujourd’hui un second souffle dans des versions contemporaines. C’est ainsi que la répétition minutes vous murmure à l’oreille l’heure qu’il est. Et même la grande sonnerie, qui en est l’expression la plus accomplie, s’exprime sans meurtrir les tympans délicats.

Cela tient du miracle, mais lors de la présentation de telles merveilles dans les salons, tout le monde se tait et retient son souffle pour écouter s’égrener quelques petites notes, parfois cristallines. Que ça fait du bien.