pub skyscapper
L’histoire, les histoires et le journalisme

L’histoire, les histoires et le journalisme

Auteur: Jean-Philippe Arm

Il y a beaucoup d’anniversaires dans ce numéro. Toutes catégories confondues et quelles que soient les susceptibilités des uns et des autres prétendants, quand le No 1 du prestige horloger célèbre son 175e, il n’est pas vraiment question de le passer sous silence. Loin de ces jalons stratosphériques il y a ceux qui atteignent leur majorité ou ceux qui soufflent tout juste leur 10e bougie. Ils n’en n’ont pas moins de mérite, car cela relève de la performance dans une décade truffée de chausse-trappes. Nous parlons donc aussi de ceux-là. Mais comme nous n’avons pas l’esprit chagrin, nous n’évoquerons pas ceux, déjà disparus, qui ne la souffleront jamais.

Si vous ajoutez le rendez-vous attendu et toujours éclairant de notre rubrique historique et tous les articles qui d’une manière ou d’une autre font référence au passé, cela fait beaucoup d’Histoire assurément dans ce magazine. C’est un choix et nous l’assumons, qui reflète une dimension fondamentale et féconde de l’horlogerie.

Dans un précédent magazine dont je ne maîtrisais pas tous les paramètres, on m’avait fait ce reproche rédhibitoire au bout d’une douzaine d’années: il y a trop d’Histoire, il faut changer de formule, celle-ci est passéiste. Une figure tutélaire de l’horlogerie suisse, à laquelle ces propos avaient été rapportés, avait secoué la tête, levé les yeux aux ciel en éclatant de rire: «Notre succès avec cette marque, ou avec celle-ci, est avant tout fondé sur l’histoire…»

La recette comporte évidemment d’autres épices que les horlogers utilisent aussi: la créativité, l’innovation et la maîtrise technique. Et pour napper le tout: le marketing. Du coup on revient à l’Histoire qui permet naturellement de raconter des histoires, élément basique et recherché de la communication.

La plupart des marques l’ont évidemment compris et exploitent largement le filon, assaisonnent du suave ingrédient les plats qu’elles mijotent. Elles en usent abondamment et parfois en abusent, prenant quelques libertés avec la réalité historique, faisant preuve soudain d’une belle imagination ou devenant curieusement amnésiques, selon les périodes considérées de leur propre histoire. C’est pourquoi nous confions toujours l’Histoire aux historiens, à ceux qui ne craignent pas de plonger profondément dans les écrits, les documents, sinon les parchemins. Et pour les périodes récentes, nous n’hésitons pas à aller aux sources, recueillir les témoignages de ceux qui ont vécu au plus près ou de l’intérieur les épisodes créatifs, techniques, industriels qui ont conduit à des développements, des réalisations, de nouveaux produits. Recueillir, confronter, transmettre. C’est un métier, qui a aussi ses règles et qu’on appelle le journalisme.