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Les fuseaux par la lunette mis sur orbite

Les fuseaux par la lunette mis sur orbite

Auteur: Jean-Philippe Arm

Le modèle Vogard Blue City Personal Edition.

Inutile de le cacher, nous attendions avec beaucoup d’intérêt la présentation par IWC au SIHH d’un nouveau modèle équipé d’une lunette permettant de sélectionner directement les fuseaux horaires. D’autant que nous avions au poignet une montre Vogard personnalisée dotée de la version initiale de ce mécanisme original.

Depuis la vente du brevet de la petite société de Bienne à la grande maison de Schaffhouse en décembre 2014, nous étions très curieux de l’usage qui en serait fait. A quelle sauce l’exceptionnel ingrédient allait-il être accommodé?

Pour mémoire, Vogard est une marque de niche créée en 2003 par Mike Vogt et dont les premiers modèles présentés un an plus tard avaient épaté les amoureux des heures universelles et des montres GMT. Elle s’adressait aux globe-trotters et à tous ceux qui jonglent avec les fuseaux horaires, en leur offrant une manière inédite et pratique de passer de l’un à l’autre en utilisant tout simplement la lunette bidirectionnelle sur laquelle figuraient 24 villes de référence. L’ingénieux mécanisme opérait dans les deux sens sur l’aiguille des heures et sur une aiguille 24 heures, ainsi que sur le quantième, en respectant la ligne de changement de date. Une première était offerte en prime: l’affichage des heures d’été.

Monomaniaque
Durant dix ans Vogard s’est consacrée exclusivement à l’exploitation et au développement de son système unique, en l’associant notamment à un chrono mais surtout en déclinant les références figurant sur la lunette par thèmes, par centres d’intérêts: places bancaires, Grands prix de F1, terrains de golf, et autres lieux de séjours ou d’activités spécifiques, jusqu’aux codes de 36 aéroports.

Le must allait être la version personnalisée, My life, pour laquelle j’ai personnellement craqué je le confesse, la référence pour chaque fuseau étant un choix perso, parmi d’infinies possibilités à commencer naturellement par Neuchâtel pour UTC+1. Si South Georgia pour UTC-2 est une figure quasi imposée, compte tenu de la rareté des terres émergées sur ce fuseau, Dominique (-4), Rodrigues (+4) ou Oualata (-11) relèvent de l’intimité…

Passer en ligue supérieure
La qualité du mécanisme, l’intelligence du concept et l’imagination de Mike Vogt, qui s’était illustré auparavant chez TAG Heuer, Ebel et Gucci, ont valu de jolis succès à Vogard aux quatre coins du monde. Mais il fallut se rendre à l’évidence: la marque était de dimension trop modeste pour rendre pleinement justice au trésor qu’elle recelait. Et c’est pourquoi le brevet a été proposé à un team jouant dans une ligue supérieure, IWC. La vie est devenue difficile, parfois cruelle, pour les petites marques horlogères, on le sait. Une fatalité accompagnée d’une petite larme? Pas en l’occurrence, car la suite de l’histoire est souriante.

A Schaffhouse, où nous étions allés voir l’automne dernier ce qui se mijotait dans leur cuisine, les équipes du développement technique et du design n’ont pas chômé. En un temps record, ils ont su intégrer avec bonheur le mécanisme à disposition pour l’associer à un mouvement chronographe et réaliser dans la collection Montres d’Aviateurs le modèle Timezoner présenté en janvier à Genève. Ils en ont fait un produit purement IWC. C’est ainsi qu’ils ont remplacé par exemple le verrou de sécurité extérieur de la Vogard pour faciliter encore plus les changements de fuseaux. L’élégant système de déverrouillage par pression sur la lunette, utilisé depuis longtemps par IWC pour des montres de plongée a pris le relais.

Enthousiasme communicatif
Au SIHH Georges Kern ne cachait pas son enthousiasme. «Ce module est extraordinaire. C’est le meilleur Timezoner existant sur le marché. Pour développer un tel mécanisme ça prend des années et ça coûte une fortune. Quand on nous l’a proposé, je n’ai pas hésité. Je connaissais Mike Vogt, qui avait été mon patron à l’époque chez TAG.» Et d’ajouter en rigolant: «On ne s’était pas toujours bien entendu quand on travaillait ensemble. On était jeunes. On s’entend beaucoup mieux maintenant.» Echo de Mike, à distance, sur le même ton, amusé aussi: «La forte personnalité de Georges était parfois difficile à gérer!» Au final, beaucoup de respect réciproque.

Retour sur le produit et son accueil. Pour Georges Kern, le Timezoner a trouvé naturellement sa place dans la collection IWC «Sa fonction est totalement logique dans une montre liée à l’aviation où l’on franchit souvent et facilement les fuseaux. Le système est simplement génial et extrêmement pratique. Il a de l’avenir, car il apporte incontestablement quelque chose de frais. Lors de sa présentation, nos célébrités qui voyagent beaucoup l’ont adoré.» Lors des présentations de presse, les réactions ont été très positives aussi, le positionnement jugé raisonnable pour une valeur perçue élevée. Et d’imaginer d’autres applications du principe du Timezoner, pas forcément liées à une complication, mais dans un modèle de base s’inscrivant dans un segment particulièrement attractif.

Happy end
Mike Vogt a également le sourire. «Franchement ils ont perfectionné le système. Ils ont pris l’idée et l’ont mariée à leur propre technologie de lunette. Plus besoin de levier. C’est encore plus pratique, tout en étant toujours efficace et fiable. Pour moi le résultat est simplement extraordinaire, avec une dimension multisensorielle. Tu vois, tu touches et tu entends le cliquetis du passage des fuseaux.»

L’homme est ravi. IWC a brillamment transformé l’essai et va propulser le mécanisme à une échelle stratosphérique qui était inatteignable pour sa propre marque. Ayant volontairement cédé ce qui était sa vocation Vogard ne développera plus de nouveaux modèles. Le petit atelier assumera simplement le service après-vente, tandis que son patron entend mettre ses compétences créatives et managériales au service d’une autre marque, qui devrait logiquement être située sur le fuseau UTC+1.