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Le terrain de jeu

Le terrain de jeu

Auteur: Jean-Philippe Arm

Masterpiece Seconde Mystérieuse (2013).

Dans les années 1990, Maurice Lacroix était clairement positionnée dans le milieu de gamme, où elle taillait allègrement des croupières à la concurrence. Elle occupait par exemple le deuxième rang sur le marché allemand, où son nom arrivait à chaque fois dans les sondages, en termes de notoriété, dans le tiercé des marques horlogères suisses, toutes catégories confondues.

Peu à peu elle gagna encore en estime auprès des amateurs de belles mécaniques en développant une collection plus exigeante techniquement, ­proposant régulièrement à l’enseigne de ses Masterpieces des petites complications insolites et autres affichages rétrogrades.

Dans les années 2000, elle décroche carrément vers le haut en réalisant son propre mouvement chronographe, avec la complicité d’Andreas Strehler, et en réduisant drastiquement ses lignes fondées sur le quartz. Cette échappée belle vers les sommets culmine avec le lancement à Shanghai en 2007 d’un calibre d’une extrême complexité mécanique, la Mémoire 1, plutôt géniale, mais dont on attend toujours l’arrivée improbable sur le marché.

C’est qu’entre-temps, la crise a passé par là. Il a fallu réviser les ambitions, redescendre en gamme et retrouver sa place dans un segment plus raisonnable. Exercice particulièrement difficile pour une marque. Or il semble bien que celle de Saignelégier est en train de le réussir. C’est ainsi par exemple que les ventes en Allemagne ont repris belle allure, dopées il est vrai par le quartz, tandis que la singularité mécanique de la manufacture jurassienne s’illustre notamment par des modèles fondés sur des rouages non-circulaires.

On en connaissait déjà, en dehors de l’horlogerie, au XIXe siècle. La Haute Ecole ARC au Locle a eu la bonne idée de développer la manière de calculer de tels engrenages (WA008) et Michel Vermot, enseignant et constructeur aujourd’hui à la retraite, a jonglé avec ces calculs et s’en amuse toujours pour le bonheur de Maurice Lacroix qui a fait du champ de ses applications son terrain de jeu favori. Des modèles avec de curieuses roues visibles côté cadran ont traduit cette collaboration. L’an dernier, une petite seconde virevoltant de manière insolite a étonné et enchanté. Et ce n’est pas fini. La petite équipe a encore quelques tours dans son sac à malices mécaniques et n’entend toujours pas se contenter de tourner en rond.