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Le grain, la tempête et la voilure

Le grain, la tempête et la voilure

Auteur: Jean-Philippe Arm

Depuis l’automne dernier, on l’a entendu mille fois et on l’a lu partout, l’année 2016 sera celle de tous les dangers. A tout point de vue et de manière universelle. Inutile d’en rajouter ici, le contexte global est connu, confirmé tragiquement chaque jour à la lecture des journaux et sur les écrans de toutes dimensions.

A la lorgnette de notre microcosme helvético-horloger, la première échéance était attendue avec beaucoup d’intérêt, celle du SIHH en janvier à Genève, qui allait donner une première indication: confirmation des angoisses ou première esquisse d’un sourire retrouvé.

Plombée douze mois plus tôt par une annonce de la Banque Nationale Suisse sur la fin du soutien à la parité CHF/€, cette réunion sélective de professionnels s’est déroulée cette fois dans une meilleure ambiance. Mais le verdict est encore à venir. Faire bonne mine à mauvais jeu est une figure imposée aussi à ce casino-là. A tel point que celui qui affirme avoir fait de très bonnes affaires en 2015 et commencé brillamment 2016 est pris pour un menteur, même avec un carré d’as en mains.

Au-delà des postures et des discours, c’est à la lecture des carnets de commandes qu’on pourrait tirer des conclusions. Et même… Encore faut-il qu’elles soient confirmées. Ce n’est qu’après Baselworld et toutes les mises jouées qu’on entendra: «Les jeux sont faits!» Et qu’on passera des jetons à l’argent comptant.

Et après? Pour affiner la prévision, notre meilleure source d’information est encore une fois celle des fournisseurs, toujours très sollicités, malgré la verticalisation, et toujours les premières victimes, en raison même de cette verticalisation. Ces fournisseurs des montagnes neuchâteloises et du Jura nous glissent à l’oreille le nom des marques dont les commandes ont été annulées et celles dont ils n’arrivent plus à suivre la demande. Mais oui, parce qu’il y en a qui vont très bien.

Reste que pour la majorité des protagonistes les affaires sont difficiles. Les budgets sont revus à la baisse, notamment dans la communication; et la presse est bien placée pour le savoir, elle qui en dépend. Ce lien fort ancien explique ce pronostic souvent entendu sur fond de crise: à l’heure du bilan, des marques auront disparu, des journaux aussi.

Les anciens, qui en ont vu d’autres, relativisent. Ils suggèrent de veiller au grain et de faire le dos rond, en attendant que ça passe. Mais s’agit-il d’un grain, d’un orage ou du d’une tempête potentiellement dévastatrice? Dans tous les cas, il faut réduire la voilure. C’est ce que nous avons fait pour ce numéro. Et le vieux loup de mer d’ajouter, façon Haddock: «Et gardez le cap, moussaillons, en n’ayant pas peur de vous mouiller. Tonnerre de Brest!»