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La banque, la montre et le gousset

La banque, la montre et le gousset

Auteur: Jean-Philippe Arm

Jean Berthoud, banquier aux origines horlogères.

Quand une banque célèbre son 200e anniversaire et choisit notamment de l’annoncer dans un magazine horloger, au-delà de l’environnement qualitatif susceptible d’accueillir une telle campagne publicitaire, on pense immédiatement aux relations particulières qu’elle a forcément eues avec l’univers de la montre durant ces deux derniers siècles. Et l’on imagine des investissements dans les entreprises spécialisées de la région où elle est née et continue d’exercer son activité. On pressent l’histoire de ce secteur, avec ses hauts et ses bas, s’inscrivant en filigrane dans ses rapports annuels.

Fausse piste: la banque Bonhôte, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a pour vocation la gestion de fortune. Ses rapports avec le milieu horloger ont été constants bien sûr, mais indirects, davantage liés par vocation aux hommes et aux familles de ce secteur qu’à ses entreprises. Ils relèvent même d’un chassé-croisé qui ne manque pas de piquant.

Celle qui fut la première banque privée de Neuchâtel, aujourd’hui la dernière encore en activité, y a conservé son siège et essaimé, mais sans s’éloigner beaucoup du terreau horloger: Bienne, Genève, Berne. Si elle a conservé le patronyme d’une famille qui l’a possédée durant près d’un siècle, elle a été reprise dès 1992 par son directeur-général qui en deviendra l’actionnaire principal et aujourd’hui le président. Sous sa houlette l’établissement a passé de sept collaborateurs, dont trois apprentis, à une petite centaine.

Le nom de ce banquier, Jean Berthoud, évoque irrésistiblement l’histoire de l’horlogerie. Un lien de parenté avec l’illustre Ferdinand? Pas direct, mais sa famille est originaire de Fleurier et il descend bien d’une petite lignée d’horlogers. L’un d’eux s’en est allé au XVIIIe siècle vendre des montres à Paris où il a créé la société Berthoud & Cie, dont les pièces horlogères valaient de l’or, et qui allait au lendemain de la Révolution française devenir… une banque. L’explication est significative: la société avait une clientèle aisée qui dû s’exiler, les émigrés confiant la surveillance et la gestion de leurs biens parisiens à ces horlogers d’origine suisse perçus comme neutres et de confiance…

L’anecdote familiale illustre les liens étroits qu’ont toujours entretenus les pièces horlogères et les pièces de monnaie. Encore une pour la route? Il suffit de penser au gousset, qui était une bourse portée sous l’aisselle avant d’être cette poche de gilet ou de pantalon destinée à accueillir des pièces avant qu’on y loge des montres… de gousset.