pub skyscapper
Double hommage à l’horloge de gare

Double hommage à l’horloge de gare

Auteur: Timm Delfs

Les éditions Hochparterre lui consacrent un livre. La marque horlogère Mondaine réussit à intégrer dans une montre-bracelet une caractéristique de l’horloge de gare des CFF: l’arrêt de l’aiguille rouge des secondes, le temps que l’aiguille des minutes bondisse à la minute suivante.

Le modèle grand format est désormais si familier aux usagers des chemins de fer suisses qu’ils ne se demandent guère pourquoi elle a cette allure et pourquoi l’aiguille des secondes reste immobile deux secondes une fois par minute. Le fait est que le design de l’horloge, conçu en 1944, est un classique qui a servi d’inspiration à bon nombre d’horloges de gare à l’étranger.

Le design et la technique
Son auteur n’était pas un designer mais bien l’ingénieur Hans Hilfiker (1901-1993), engagé par les chemins de fer fédéraux en 1932 après avoir posé pendant cinq ans des câbles téléphoniques à travers toute l’Argentine. Aux CFF, il devait veiller à ce que toutes les gares soient reliées par des lignes téléphoniques indépendantes du réseau public. Cette tâche accomplie, il fut chargé de faire en sorte que les horloges de toutes les gares du réseau helvétique affichent ­toujours une heure identique. Hilfiker tira parti du réseau téléphonique qu’il venait d’installer et décida de l’utiliser pour commander les horloges. Et pour se faciliter la tâche, il développa simultanément le design et la technique.

Son système repose sur une horloge-mère précise et un certain nombre d’horloges-filles gérées par la première. Pour éviter de perturber le réseau téléphonique propre aux CFF par les signaux horaires des secondes, Hilfiker décida de n’envoyer un signal dans le réseau qu’une fois par minute. Les horloges-filles des gares comportent un moteur électrique piloté par le biais de la fréquence du réseau qui permet à l’aiguille rouge d’accomplir un tour du cadran en un peu moins de 60 secondes. Quand l’aiguille des secondes arrive en position verticale, elle est stoppée par un petit verrou qui n’est ouvert par un électro-aimant que lorsque se manifeste le signal horaire de l’horloge-mère. Alors l’aiguille des minutes bondit d’un cran et celle des secondes reprend sa ronde.

Le faux-pas d’Apple
L’horloge de gare suisse est un des rares objets dans lesquels le mouvement constitue un élément du design: imaginé par nécessité technique, le saut à la minute s’est mué en plus-value esthétique. Le design de Hilfiker a été adapté par les compa­­gnies de chemin de fer étrangères et légèrement modifié à chaque fois. Il a connu sa plus récente gloire quand Apple l’a transposé sur l’iPad avec IOS 6 sans en informer les CFF. La protestation de nos chemins de fer s’est avérée payante: Apple a payé 20 millions de francs pour prix de son faux-pas!

Depuis 1986, la fameuse horloge de gare existe aussi en version portable au poignet. L’horloger Mondaine en avait alors obtenu la licence de la part des CFF et produit depuis lors une gamme en croissance permanente de montres-bracelets, mais aussi de réveils, d’horloges de table et murales. Reste que la pause de l’aiguille des secondes et le bond de celle des minutes n’a jamais marché. à satisfaction. Avec les mouvements à quartz, l’aiguille des secondes sautait chaque seconde, avec les mouvements mécaniques elle ne s’arrêtait jamais. Jusqu’en 2013.

La solution pour le poignet
L’été dernier, la marque horlogère dirigée par les frères André et Ronnie Bernheim a finalement pu proposer une solution sous la forme du modèle « stop2go». La montre renferme un mouvement à quartz piloté par un ­microprocesseur qui fait accomplir à l’aiguille des secondes des petits pas à peine perceptibles jusqu’à ce qu’elle atteigne la position «60». Puis elle attend un instant, bondit et emmène avec elle sur l’espace d’un cran l’aiguille des minutes. Cela paraît simple. En réalité, avec un mouvement mécanique, un tel effet ne pourrait être obtenu qu’au prix d’un gros investissement et aboutirait à une montre très épaisse. En plus, le prix de la montre serait passablement supérieur à celui du modèle joliment proportionné que Mondaine propose pour 650 francs.

Presque en même temps que la sortie de la Mondaine «Stop2Go», les éditions Hochparterre publient l’ouvrage «Die Bahnhofsuhr – Ein Mythos des Designs aus der Schweiz». Il décrit en détail la gestation de ce monument du design helvétique et ajoute plein d’anecdotes tirées de la vie de Hans Hilfiker. Il est illustré par un essai photographique signé Désirée Good.