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Des étoiles pour demain

Des étoiles pour demain

Auteur: Jean-Philippe Arm

Dans ce numéro WA020 qui joue avec les mathématiques, en particulier avec les chiffres 2, 20, 22, 40, 200, nous avons évidemment pensé à 2000. Nous est alors revenu en mémoire une publication que nous avions réalisée pour le tournant du millénaire, avec le magazine Montres Passion, sur le thème des montres du 20e siècle.

Nous avions demandé aux responsables d’une cinquantaine de marques de choisir dans leur collection le modèle ayant marqué leur histoire. En parcourant ce document quinze ans plus tard, on observe qu’une dizaine de marques ont disparu, ou presque. D’autres ont pris le relais: d’anciennes qui se sont affirmées dans ce domaine ou de nouvelles qui sont apparues depuis l’an 2000.

Parmi celles-ci, nous en avons retenu ici une demi-douzaine, qui représentent tous les cas de figure, et en suivant la même démarche: dites-nous lequel de vos modèles des années 2000 exprime à ce jour le mieux votre marque et qui serait encore emblématique, disons… dans vingt ans.

Akrivia, Tourbillon Régulateur
Voici une marque à peine éclose en 2012, rêve de gosse d’un horloger indépendant de moins de trente ans. Rexhep Rexhepi a-t-il brûlé les étapes? Même pas. Il a été à très bonne école et son parcours est solide: apprentissage chez Patek Philippe, puis responsable de complications chez BNB Concept, puis chez F.P. Journe. Ceci explique l’étonnante maturité, le sérieux, la modernité et le respect de la tradition que révèlent ses premiers calibres. Le dernier en date est une heure sautante avec sonnerie. Avant, ce fut une collection de chronographes monopoussoir, dans les deux cas avec tourbillon. Mais c’est son Tourbillon Régulateur qu’il a choisi de présenter ici.

«Ce fut notre premier calibre conçu et développé à l’interne chez Akrivia et ce modèle incarne par sa conception, son design et son exécution les valeurs qui me tiennent à cœur. Mon but est d’injecter un souffle de vie aux anciennes techniques horlogères. C’est pourquoi ce modèle est sobre et minimaliste, avec des finitions et des décorations très élaborées, faites à la main. Le mouvement comporte plus de cinquante angles rentrants.»

Tourbillon Régulateur: calibre AK-04 à remontage manuel. Autonomie de 100 h. Boîtier acier de 42,5 mm. Fond saphir.

Armin Strom Skeleton Pure Water
Virtuose du squelettage de montres de poche, qu’il exposait déjà à Bâle dès 1984, avant de passer aux montres-bracelets, Armin Strom aujourd’hui à la retraite a fait de son nom une marque, installée depuis 2006 à Bienne. Elle y est devenue une petite mais véritable manufacture, remarquablement équipée et fort créative. Son premier calibre maison voit le jour en 2009. Elle conçoit, développe et fabrique ses propres mouvements mécaniques à remontage manuel ou automatique, dotés d’une très grande réserve de marche, parfois d’un tourbillon maison.

Serge Michel, le propriétaire de la Manufacture Armin Strom a choisi ce modèle Skeleton Pure Water: «Il exprime de manière épurée une marque résolument contemporaine qui n’oublie pas son exceptionnelle tradition du squelettage. Nos montres rendent hommage à l’architecture mécanique et elles se présentent en toute sincérité et transparence dans le respect des règles et des codes de la haute horlogerie traditionnelle.»

Skeleton Pure Water: calibre ARM09-S à remontage manuel entièrement squelettisé. Autonomie de 8 jours. Boîtier de 43,4 mm en acier. Fond saphir.

Chanel J12
La maison de haute couture fondée au début du XXe siècle par Gabrielle Chanel a lancé sa première montre en 1987. Elle s’appelait Première et son design s’inspirait de la Place Vendôme et du cabochon d’un flacon de parfum No 5. Elle est toujours très bien positionnée dans les ventes de la marque. Mais le modèle auquel on pense immédiatement à l’évocation de l’horlogerie Chanel est l’emblématique J12 et le mot ici n’est pas galvaudé. On peut même parler d’icône, sans exagération aucune.

Première montre sport de Chanel, la J12 portant le nom d’un voilier de compétition a vu le jour en l’an 2000. «Elle a été lancée à l’initiative de Jacques Helleu, alors directeur artistique de Chanel, qui voulait une montre masculine entièrement noire, d’un noir brillant, inaltérable et intemporel. Son succès fut immédiat.» Trois ans plus tard elle apparaissait dans une nouvelle robe, toujours en céramique high-tech, mais blanche cette fois, d’un blanc immaculé qui allait marquer les esprits et imposer une nouvelle mode dans l’horlogerie.

J12. Mouvement à remontage automatique. Guichet date. Boîtier en céramique de 42 mm. Lunette tournante unidirectionnelle. Etanche à 200 m.

Eberhard Chrono 4
Née en 1887 à La Chaux-de-Fonds, Eberhard s’est régulièrement illustré en proposant des chronographes innovants, notamment un premier chrono porté au poignet en 1919, de même qu’un mécanisme de rattrapante en 1939. Mais c’est beaucoup plus récemment, en 2001, qu’elle a laissé bouche bée les amateurs de chronographes avec un affichage totalement inédit.

«Grâce à un dispositif breveté par Eberhard & Co, le Chrono 4 est le premier et unique chronographe dans l’histoire de l’horlogerie avec quatre compteurs alignés. Jusqu’alors, jamais la minute, l’heure, les 24 heures et la petite seconde n’avaient été positionnés horizontalement. Jamais auparavant la lecture de l’heure n’avait été si intuitive. Ce résultat est le fruit de la passion et de l’engagement investi sans réserve dans la création d’un mécanisme d’une complexité unique et de construction complexe. Pour saisir son raffinement, il faut prendre conscience qu’il fonctionne avec pas moins de 53 rubis. Le Chrono 4 est aujourd’hui le flagship d’Eberhard.»

Chrono 4 Grande taille mouvement automatique, boitier de 43 mm en acier, couronne et poussoirs avec insertion caoutchouc, étanche à 50 m.

Louis Moinet Memoris
Quand Jean-Marie Schaller a pris l’initiative de rendre hommage à un brillant horloger du XIXe siècle en lui consacrant une véritable marque, il ne savait pas qu’il allait découvrir en Louis Moinet l’inventeur du chronographe. Les experts s’accordent sur ce point: son compteur de tierces de 1816, qui mesurait les temps courts au 1:60e de seconde en utilisant une fréquence inouïe de 216 000 alternances/h, est bien l’ancêtre de nos chronographes contemporains.

Le modèle Memoris met en avant le mécanisme du chronographe en l’offrant au regard côté cadran avec sa roue à colonne, ses bascules, ses marteaux et son embrayage. Le remontage automatique innovant, qui augmente de 30% l’efficacité du rotor bidirectionnel, est lui visible par le fond. «En séparant les fonctions et en inversant les priorités, on a réalisé là le premier chronographe-montre. Et c’est un fascinant spectacle qui est offert par simple pression sur le mono-poussoir.» Une belle manière de fêter les dix ans de la marque.

Memoris, chronographe automatique bidirectionnel, mono-poussoir. Boîtier en or de 46 mm. Etanchéité 50 m. Trois séries de 60 exemplaires.

Rudis Sylva L’Oscillateur Harmonieux
Après deux ans de gestation créatrice pour valider ses ambitieux choix techniques, la marque jurassienne est apparue au printemps 2009 en affichant son double credo: proposer une solution mécanique originale dans le domaine de la chronométrie et recourir à un réseau régional d’artisans indépendants de très haut niveau. Cette double exigence s’est incarnée dès son premier modèle: un mouvement d’exception doté de deux balanciers reliés mécaniquement et animés par un seul échappement et sa décoration était soignée dans les moindres détails.

«L’Oscillateur Harmonieux n’a pas d’équivalent, résume Jacky Epitaux, l’homme orchestre de Rudis Sylva. Il offre une capacité de réglage plus précise qu’un tourbillon, ainsi que le démontre tous les tests comparatifs. Cela s’explique notamment par le déploiement asymétrique des spiraux dans toutes les positions. La correction est instantanée en position verticale. Ce modèle témoigne aussi d’une maîtrise absolue de toutes les techniques artisanales.»

RS 12 Grand Art Horloger, mouvement à remontage manuel, autonomie de 70 h. Boîtier en or rose de 44 mm, fond gravé émaillé grand feu.

Voutilainen
Venu de Finlande en 1989 pour se spécialiser dans les montres compliquée au WOSTEP à Neuchâtel, où il enseignera à son tour, Kari Voutilainen n’a plus quitté la Suisse. Il s’est installé au Val-de-Travers comme horloger au service des autres, notamment dans la restauration de pièces anciennes et en redonnant vie aussi à d’anciens calibres. Sa maîtrise technique et ses exigences dans la finition des pièces et dans la décoration ont très vite fait sa réputation. En marge du travail assuré avec les collaborateurs de son entreprise très bien équipée de Môtiers, l’horloger indépendant a construit sa propre marque.

«Les montres Voutilainen sont fabriquées entièrement dans notre atelier, souligne-t-il. Nous faisons absolument tout nous-mêmes, ce qui est rare, y compris l’échappement direct qui est réalisé avec des matériaux traditionnels pour assurer sa longévité. Nous mettons aussi un accent sur les finitions des mouvements comme on peut le voir dans ce modèle GMR. Le cadran est en argent massif guilloché main par nos soins.»

Voutilainen GMR avec second fuseau réglable par pression sur la couronne. Réserve de marche rétrograde. Boîtier de 39 mm en or blanc.